Restaurant le M, Audrey et la mouche.

C’est un soir d’été caniculaire où tu recherches avant tout la fraîcheur d’une terrasse ou l’épaisseur de murs anciens en pierre pour apporter un peu d’appétit à ton corps qui ne pense qu’à s’imbiber de liquide. Le M, c’est le restaurant du Château des Avenières, et il correspond en tous points à mon besoin du moment.

A une poignée de minutes de Genève.
Une fois la frontière passée, la route monte un peu jusqu’au Mont Sion et l’air devient avec l’altitude plus respirable.

Un panorama exceptionnel

L’arrivée au château est toujours spectaculaire et fera de toi l’espace d’un instant le châtelain d’un soir.
L’apéritif se prend dehors, face à la piscine, et face à un panorama naturel exceptionnel.
La commande passée, on vous rapatrie dans une grande salle de réception au mobilier plus coloré.
On regrette presque que les grands espaces extérieurs du château ne puissent être transformés en restaurant à ciel ouvert.
Une table pour deux dans un coin de la salle.
La carte est courte : trois entrées, trois plats et trois desserts, assistés de trois menus dont un végétarien, c’est plutôt bon signe.

Gambas et crème de petits pois.
Gambas et crème de petits pois.

Avec la gambas, c’est Audrey qui fait son apparition.

Mon choix se porte sur le menu « le M » à 58 euros, proposant quatre plats au choix dans la carte.
En entrée, c’est la Gambas que j’ai choisi, accompagnée d’une crème de petits pois et ricotta.

La gambas, pas si grosse que cela, arrive bien seule et pas complètement décortiquée, noyée dans une rafraîchissante crème de petits pois.
Du coup, pas si facile que cela de finir de démailloter la bête, et comme elle est toute seule, j’essaye de faire du mieux possible.
La ricotta granuleuse n’apporte pas grand chose, contrairement aux petites fleurs très aromatiques disséminées tout autour du crustacé esseulé.

Ken... (Moins parfait en réalité)
Ken… (Moins parfait en réalité)

Avec La Gambas, c’est Audrey qui fait son apparition. Audrey, ce n’est certainement pas son vrai prénom, mais en la voyant, j’ai tout de suite pensé à Audrey Lamy, jouant son personnage de blonde surexcitée dans la série « Scène de Ménage ». Le talent en moins.

Elle et son compagnon que l’on prénommera Ken, à cause de son short en jean, s’installe à la table juste à côté de la nôtre.
Table placée si proche, que la soirée découverte du restaurant s’est transformée en soirée découverte de la vie d’Audrey et de Ken.
Tous deux nouvellement rencontrés sur Meetoc et qui, ce soir, avaient prévu de passer du virtuel au réel après plusieurs semaines d’échanges sulfureux et de clichés avantageux pris sous des angles improbables.

Bref, avec l’entrée et Audrey, certainement atteinte de surdité maladive pour partager avec autant de volume sa vie passionnante, ses amis Facebook, ses ex, ses collègues de travail, une mouche noire fait son apparition. Voyageant de table en table, elle oblige les convives à balayer l’air de leur serviette pour la faire fuir.

Omble chevalier à la plancha.
Omble chevalier à la plancha.

Branle-bas de combat

Mon premier plat, l’Omble chevalier à la plancha, est servi avec quelques légumes pas vraiment d’été.
La cuisson de l’omble est parfaitement réussie et la peau a su rester croustillante. Une béarnaise au romarin très vinaigrée. Des carottes très sucrées et un panier de pommes dauphine « Maison » à partager qui n’étaient malheureusement pas assaisonnées déséquilibrent cette jolie assiette.

Audrey n’en finit pas de glousser. Ken, en voulant chasser la mouche ou exhiber sa montre, renverse le troisième verre de Kir aux mûres, qui se brise sur la table.
Branle-bas de combat des serveurs qui tamponnent la table sous les hululements d’Audrey. Ken tout rouge, mais un brin mythomane, certifie sur l’honneur que le verre s’est cassé tout seul et accepte volontiers un quatrième kir aux mûres de remplacement.

Volaille et mélisse.
Volaille et mélisse.

La soirée s’emballe

La soirée s’emballe au moment où la volaille est servie. Une jolie poitrine très moëlleuse, sauce mélisse, mini champignons boutons, et aussi purée de carottes un peu sucrée et panier de pommes dauphine « Maison » à partager qui n’étaient malheureusement pas assaisonnées. (J’ai l’impression d’avoir déjà écrit cela quelque part, non?).

Les cris de la chouette.
Les cris de la chouette.

Ken, cramponné à la table et à son verre, tente une avancée physique et décide de contourner le mobilier pour se poser sur Audrey. Oui, pas à côté mais sur Audrey. Sur Audrey dans un « Relais et Châteaux ». Une sorte d’enlacement ou de prise de judo, toujours sous les cris de la chouette qui, avec la soirée qui s’avance se transforment de plus en plus en grognements de cochons sauvages.

J’en déduis qu’avec toutes ces bêtes réunies, la présence de la mouche est tout à fait naturelle.

Le dessert sonnera le glas de notre soirée avec Ken et Audrey qui décident de siroter un dernier digestif en terrasse.
Ken, en traversant le restaurant n’oubliera pas de pincer sévèrement le séant d’Audrey aussi mûre que le kir de l’apéritif.

Abricots pochés et verveine.
Abricots pochés et verveine.
Le dessert de ma convive aux fruits rouges.
Le dessert de ma convive aux fruits rouges.

Une offre pour le plus grand nombre.

J’ai donc pu déguster dans le calme et avec les mouches, un abricot au sirop que l’on aurait préféré rôti pour qu’il ressemble moins à son confrère en conserve. Il est accompagné de petits sablés bretons et d’un sorbet à la verveine bienvenu en cette fin de repas.
Nous avons laissé Audrey, Ken et les mouches à leur soirée, et avons retrouvé la chaleur de la plaine.

Sans parler de la trop grande proximité entre les tables de deux personnes qui peuvent rapidement transformer une soirée découverte du restaurant en une soirée découverte du couple d’à côté.
L’offre proposée dispose du meilleur rapport/qualité/prix/cadre/panorama/vieilles pierres de la région. Proposant un premier menu avec entrée, plat et dessert à 45 euros, elle attire une clientèle nombreuse que l’on ne s’attend pas toujours à croiser dans un tel lieux historique étiqueté « Relais et Châteaux ».
Le pari est cependant réussi en simplifiant et démocratisant l’offre, celle-ci s’ouvre au plus grand nombre.

Ce que j’ai aimé : Le cadre, la carte réduite, les prix raisonnables.
Ce que j’ai moins aimé : Les assaisonnememts pas toujours maîtrisés. La proximité des tables de deux personnes.

Restaurant Le M, Lieu dit La Chenaz, 74350 Cruseilles · Tél. +33 4 50 44 02 23

Philippe Écrit par :

Raconteur d'histoires gourmandes, j'ai créé le blog Le Dos de la Fourchette en septembre 2014. Rédacteur, je partage mes adresses gourmandes, mes rencontres et mes découvertes.

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