Le château si près des étoiles

Lorsque je rentre l’adresse du Domaine des Avenières dans l’interface multimédia de la 500x rouge flambant neuve de Stéphanie Tobesweet, le GPS me répond 7km et 10mn de trajet et pourtant, malgré la proximité du lieu que je connais, non pas pour y avoir déjà séjourné, mais pour avoir dévalé en luge les champs pentus situés au pied du Domaine. Celui-ci se trouve à une poignée de minutes de Genève, direction le village du Père Noël, puis Saint Blaise et au lieu-dit Lachenaz, à presque 1000m d’altitude, vous découvrirez, caché derrière les immenses conifères, le Château des Avenières et son domaine.

Once upon a time
Je dois faire un petit rappel historique, même si le sujet mériterait plusieurs heures de récit. En 1904, Mary Wallace Shillito, riche héritière d’un industriel de Cincinnati parcourt le monde et tombe en admiration devant la beauté du panorama qu’elle découvre depuis les friches du Salève. Elle décide ce jour-là de construire un sanctuaire en hommage à sa sœur disparue à l’âge de 24 ans, emportée par une fièvre typhoïde. Orpheline et riche, elle se lance dans la construction de ce château avec des pierres blanches de Bourgogne qu’elle fera venir des carrières de Comblanchien par le train, puis par des chars tirés par des bœufs depuis la Gare de Saint Julien en Genevois.
La construction se termine en 1913. Quatre années plus tard, elle épouse Assan Farid Dina, Mauricien d’origine franco-indienne. Il est à l’origine de la construction d’une mystérieuse chapelle contenant une vaste mosaïque montrant des symboles ésotériques qui représentent le savoir universel des religions. L’histoire est encore bien longue jusqu’à nos jours et je vous laisserai le soin d’en savoir plus lors de votre visite. Le Château a été racheté par la Famille Odin en 1994 et ce sont Laurence et Nicolas Odin qui en sont les maîtres de maison.

La Chapelle du Château des Avenières
La chapelle

Une chambre de princesse
Le Domaine est donc exploité depuis 1994 comme Hôtel restaurant. Celui-ci fait partie de la célèbre institution « Relais et Châteaux », une certification d’excellence, rassurante et luxueuse. Notre chambre porte le joli nom de « Princesse ». J’avoue avoir un peu redouté de découvrir des tentures roses « Barbie ». Mais ce n’est pas le cas. En poussant la porte en bois, un petit couloir nous mène dans la chambre rotonde toute arrondie de fenêtres aussi hautes que le plafond. Un très grand lit, des tentures, des miroirs,des lustres imposants,des canapés et fauteuils confortables, une cheminée, un vrai décor de princesse, mais pour le coup, plutôt de princesse autrichienne.

Notre chambre princesse
Notre chambre « Princesse »
Le confort de notre chambre "Princesse"
Le confort de notre chambre « Princesse »
La rotonde avec vue sur les sommets
La rotonde avec vue sur les sommets

Du parquet, une jolie salle de bain en partie vitrée, les murs tout de mosaïques et faïences murales aux couleurs « vert d’eau ».
Même si je suis fan de design, de lignes tendues, de matériaux bruts, lorsque l’on décide de dormir dans un château, on s’attend à ce décorum patiné, authentique et historique. Le confort n’a pas été négligé, rien ne manque et même si les parquets grincent un peu, nous passerons une très confortable nuit. Le Domaine des Avenières propose également dans une annexe située à une petite centaine de mètres du Château : La Maison des écureuils, où vous retrouverez des suites plus contemporaines allant de 70m² à 250m². (N’y ayant pas séjourné, je ne peux vous en parler plus).

La vue depuis notre chambre
La vue depuis notre chambre

Deux Chefs au firmament
Au réveil, nous avions la possibilité de prendre le petit-déjeuner en chambre, ou de traverser depuis notre chambre « princesse » un petit boudoir bibliothèque, pour retrouver la salle des petits-déjeuners avec vue sur le Mont Blanc et le domaine ensoleillé. Un buffet de produits faits maison, viennoiseries, cakes. Une mention toute particulière pour l’excellente brioche, du jus de pommes bio du domaine, des charcuteries de la ferme de Follon à Copponex, du pain maison, un vrai bonheur gustatif dès le réveil.


Boudoir

Le boudoir bibliothèque
Le boudoir bibliothèque

Un petit déjeuner plaisir, une belle nuit de repos, un soleil radieux, un paysage magnifique… Le tableau semble parfait, mais qu’en est-il du restaurant ?
Je ne ménage pas plus longtemps le suspense, Oui, oui, oui, le restaurant est le point fort de ce Relais et Châteaux. Pour avoir déjà séjourné dans des établissements rattachés à cette congrégation hôtelière, ce n’est pas toujours le cas, et le tableau idyllique est parfois assombri par une restauration d’un autre âge où le classicisme des plats plombe dangereusement votre porte monnaie et votre appareil digestif.
Au Château des Avenières, le ou plutôt les Chefs ont bien compris que le cadre pouvait différer de la carte, et c’est tant mieux.

Les Chefs and me
Les Chefs and me

Marc Leroux, Chef de cuisine et Cédric Perret Chef pâtissier réussissent la périlleuse mission d’associer produits frais, de saison et du terroir, avec une créativité dans l’air du temps. Tout cela réalisé avec une technique parfaite, faisant de notre repas un défilé d’assiettes réussies aux goûts francs, mettant en valeur les produits choisis avec soin.

Pour avoir eu la chance le lendemain de converser avec les Chefs et de visiter les cuisines, je peux vous certifier que l’authenticité des plats n’est pas feinte. Les Chefs ne font pas que surfer sur la vague du fait maison ou du bio. Non, pas de tromperie, ils peuvent vous nommer tous les producteurs, de viandes, de charcuterie, leur fromager, les pommes, le cidre, leurs herbes plantées dans une immense serre à l’arrière du Château. Immense serre qui produira dès les prochains beaux jours, les salades, les fraises, tomates et autres légumes nécessaires à la cuisine et à la pâtisserie. Faire plus local c’est difficile, lorsque ses producteurs sont à moins de dix minutes et que l’on produit soi- même une partie des ses légumes.

Saumon fumé maison
Saumon fumé maison

Je fais une petite aparté et c’est promis, je vous parle de ce que nous avons dégusté, juste après.(J’aurai pu faire deux articles tellement j’ai de choses à dire…). Oui, une petite précision, tellement, tellement, tellement rare en restauration : Le Chef de cuisine Marc Leroux, et le Chef Pâtissier Cédric Perret travaillent main dans la main. Ils sont donc logiquement présentés sur un pied d’égalité, leurs deux noms sont présents ensemble sur les cartes. Tellement, tellement, tellement rare que le Chef Pâtissier soit traité ainsi. Bravo ! Là encore, votre complicité professionnelle se ressent dans l’assiette.
La vie de château dans nos assiettes
Nous avons dîné dans l’une des trois salles du restaurant, décorée de tentures, de hautes fenêtres et d’une magnifique cheminée. Nous avons profité ce soir-là d’une offre ponctuelle qui proposait un menu acheté pour un menu offert. Une belle occasion pour nous de découvrir un restaurant sans se ruiner complètement.

L'une des salles du restaurant
L’une des salles du restaurant

Le personnel de salle est très professionnel, attentif. Il présente les plats avec une vraie connaissance et quand mes questions piégeuses ne trouvent pas réponses, il n’hésite pas à se renseigner et à revenir avec la réponse. Ce soir-là, les deux salles sont presque pleines, mais le service ne nous fait pas ressentir leur stress. Il reste souriant et disponible. Nous avons également fait confiance au sommelier pour un accord mets vins. Dormant sur place, pas de risque pour le retour. Les conseils du sommelier sont précis et précieux. Il nous laisse également la possibilité de ne pas aimer sa sélection et n’hésite pas à nous proposer une alternative.
Le menu se compose de deux entrées, d’un poisson, d’une viande, d’un dessert, auquel vous ajouterez un amuse-bouche et des petites douceurs servies en fin de repas.

Le petit plateau pour accompagner l'apéritif
Le petit plateau pour accompagner l’apéritif

Un rond de bois brut, une sucette de foie gras et chocolat blanc, une compressée de tête de veau et une petite madeleine au fromage de chèvre accompagnent d’une belle manière notre flûte de champagne. Mention exceptionnelle pour la bouchée foie gras et chocolat blanc.

Le virginal amuse-bouche
Le virginal amuse-bouche

En amuse-bouche, le Chef quimpérois Marc Leroux associe sa Bretagne natale à la Haute-Savoie avec des diots fumés coupés en dés qui viennent assaisonner des moules de bouchot. Une poignée de lentilles vertes du Puy apporte un peu de croquant à cette belle association terre mer. Cet amuse-bouche à l’allure de grand plat sera associé à un tout jeune Chablis 2014 très vif.

L'escalope de foie gras poêlée et sa déclinaison de pommes bio.
L’escalope de foie gras poêlée et sa déclinaison de pommes bio.

En première entrée, une escalope de foie gras snackée et déclinaison de pommes de Savoie. Pour être encore plus précis, pommes bio de Cercier, de la famille Lacroix. Le sommelier nous proposera un étonnant cidre fait avec les mêmes pommes qui accompagnent le foie gras. Un cidre surprenant, un cidre tout en douceur, loin de la brutalité des cidres normands ou bretons. Une belle découverte. Un bel accord. Et un foie gras frais de qualité qui reste ferme à l’intérieur et bien snacké à l’extérieur.

blinis au sarrasin, coques et couteaux
Blinis au sarrasin, coques et couteaux

La deuxième entrée est un blinis au sarrasin, coques et couteaux, yuzu et coriandre. Là encore, le Chef fait appelle à ses origines et propose un plat bien iodé avec une cuisson ultra précise des coquillages. Le blinis au sarrasin fait un clin d’œil aux galettes du Finistère. Cette entrée était accompagnée d’un assez rare Côte du Rhône Blanc.

Filet de sandre.
Filet de sandre.
Pain aux céréales maison
Pain fait maison aux céréales

Le premier plat reste côtier, puisqu’il s’agit d’un sandre sur une embeurrée de choux proposé avec un jus de viande fumé. Tout comme pour l’amuse-bouche, le goût fumé obtenu dans le jus de viande servira d’assaisonnement au sandre nacré à cœur. Peut-être mon plat préféré, ce jus fumé est incroyable et il est bien difficile de ne pas saucer son assiette, d’autant plus que le pain maison aux céréales ne demande qu’à être rompu. (Sur mon Galaxy Note, j’ai griffonné « Cuisson nacrée Alleluia !! »).

Porcelet et son jus à la sauge
Porcelet et son jus à la sauge

Le deuxième et dernier plat est un porcelet accompagné de choux et jus à la sauge. Pour dire vrai, les choux ne font pas vraiment partie du top 5 de mes légumes préférés, mais ils sont de saison et le Chef a la bonne idée de nous les proposer en chips, en gâteau et en purée et le résultat est divin. Mon classement des légumes vient d’être bouleversé à jamais.
La cuisson de la viande est juste parfaite, avec un moelleux bien trop souvent étranger à la viande de cochon. Le jus bien corsé, là encore, mérite d’être saucé avec gourmandise. Un Saumur Champigny 2012 pas trop typé viendra accompagner notre plat de viande. Ce dernier plat sera aussi l’occasion d’utiliser le couteau savoyard qui trône depuis le début du repas sur notre table. Il s’agit d’un couteau savoyard en bois de noyer âgé de 300 ans et d’une lame forgée à Ugine en Savoie. (C’est étrange cette passion des restaurateurs pour les couteaux…)

Le chariot de fromages
Le chariot de fromages

Le chariot de fromages ne fait pas partie de notre menu, mais ne pas se laisser tenter devant un tel assortiment serait rater une partie du repas.
Je dois vous l’avouer, je peux aisément me passer de fromage à la fin d’un repas, mais l’histoire racontée par notre jeune serveur est trop belle. Le pain aux noix du Chef Pâtissier est là encore une belle réussite. Malgré le menu copieux, je partage un délicieux Comté 18 mois. Merci pour les explications et l’enthousiasme de notre jeune serveur.

Le pré-dessert et sa déclinaison à l'orange
Le pré-dessert et sa déclinaison à l’orange

Un pré-dessert autour de l’orange et du gingembre nous annonce que Cédric Perret reprend les reines de notre menu. En dessert, deux brisleys (Bricelets), au chocolat Illanka, glace vanille maison et petites pointes de yaourt (Je pense), pour l’acidité.
Le Chocolat Illanka est un chocolat noir grand cru de chez Valhrona, avec 63% de cacao. Il a la particularité d’être bien parfumé sans être amer. Un dessert tout en gourmandise et en légèreté accompagné par un vin doux naturel, un Rasteau de la Vallée du Rhône.

Le Brisley Illanka
Le Brisley Illanka

A ce moment du repas et de la soirée, j’ai envie de pousser deux cris de guerre : le premier est ouf ! puisque nous venons de déguster presque 9 plats, puisqu’il reste encore quelques gourmandises avec le café. Le deuxième, c’est waouh !!!, un waouh admiratif, un waouh heureux que seuls les épicuriens, les gourmands, les curieux ou les trois à la fois comme moi comprendront. Pas de fautes de cuisson, des assaisonnements parfaits, des plats chauds, un service attentionné. Waouh quoi !! Cette fois-ci, le repas est bel et bien terminé. Tout comme au début du repas, une petite planche en bois nous propose quelques gourmandises : guimauve vanille et chocolat, tartelette chocolat et une incroyable sucette chocolat et cœur de praliné presque liquide, que je vous conseille de croquer en une seule fois.

Douceurs avec le café
Douceurs avec le café

Nous quittons la table le sourire aux lèvres. La soirée fut vraiment belle. Le soin apporté par nos deux Chefs mérite vraiment des applaudissements, et comme le titre de l’article le suggère, plus que des applaudissements, la cuisine que j’ai dégustée ce soir-là méritait sans le moindre doute une étoile dans le Guide Rouge… Ne doutons pas que le travail de nos deux Chefs sera forcément reconnu par les inspecteurs du Michelin en 2017.

Si vous avez lu jusque là, merci et bravo ! Vous venez de lire plus de 2000 mots. Avouez que cela ne vous arrive pas tous les jours. Je ne pouvais vraiment pas faire moins. J’ai encore tellement de choses à vous dire sur mon séjour, sur cette rencontre avec les Chefs du Domaine des Avenières.
Ça fait longtemps que je ne vous l’avais pas dit, mais j’ai beaucoup de chance.
Quelques infos sur les prix, car je ne vous cache rien. Le menu complet était à 95 euros par personne mais comme il s’agissait d’une offre, un seul menu à été compté. L’accord mets et vins 40 euros par personne. Le chariot de fromages à 12 euros par personne (nous n’avons pris qu’une seule assiette pour deux). Total du repas : 187 euros(Pour 2 pers) pour neuf plats, pour le fromage, pour les vins, pour le cadre, pour la gentillesse du personnel de salle, pour la découverte de deux Chefs passionnés et passionnants…
Je dis souvent que je reconnais un bon restaurant au moment où lorsque je sors de la salle, je me demande ce que je vais goûter la prochaine fois.
Alors, je ne sais pas ce que je vais goûter la prochaine fois mais je sais que je vais revenir très vite.

Château des Avenières Les Lirons, 74350 Cruseilles Téléphone: +33 (0)4 50 44 02 23
Ce que j’ai aimé : Le charme du lieu, l’authenticité de la cuisine exécutée par deux Chefs passionnés.
Ce que j’ai moins aimé : Rien, mais puisque la rubrique existe, je dirai le manque de lumière à table, pour prendre des photos de meilleure qualité ;-).

Philippe Écrit par :

Raconteur d'histoires gourmandes, j'ai créé le blog Le Dos de la Fourchette en septembre 2014. Rédacteur, je partage mes adresses gourmandes, mes rencontres et mes découvertes.

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