A toi, Marie, qui mangeait près de moi…

Un post bien différent, inspiré par toi, Marie, qui l’autre soir, mangeait près de moi.
Mercredi dernier à 20h00 pétante, alors que je dégustais mes raviolis vapeur à la crevette au PakùPakù à Carouge, tu es venue t’installer avec tes deux amies, la table à côté. C’est vraiment le hasard qui t’a fait te retrouver juste là, tout près de moi. Tu étais prévue au comptoir avec vue sur les cuisiniers, sautant les nouilles avec dextérité et puis, le hasard d’une annulation de dernière minute rapprocha ta table de la mienne.

C’est par ta voix que mon esprit fut troublé. Un intérêt subit qui me pousse à tourner mon visage. Je te découvre pour la première fois. Tu parles. Tu parles fort. Tu parles tellement fort que malgré l’affluence et la musique d’ambiance, le fond du restaurant, surpris par cette intensité, bloque toute activité, la bouche ouverte, les yeux hagards, il cherche d’où peut provenir cette voix si désagréable.
Que dire de ma table si proche qui sursaute à chacune de tes prises de parole. Et prise de parole, il y en aura, beaucoup, beaucoup trop.
Je me souviens maintenant très bien. Ton premier monologue consacré à ta nouvelle maison, à ton architecte, ton super arrrchitecte, ton merveilleux arrrrrchitecte. Celui qui t’appelait tous les lundis pour le compte-rendu, qui surveillait chaque artisans pour la bonne construction de ta villa. Pas une maison, non ! Une Villlllllla !!! Il avait cependant moins surveillé l’électricien qui avait percé dans le mur l’alimentation des volets électriques. Moins surveillé aussi le paysagiste qui avait semé des graines de tout, sauf de gazon et qui devait re-semer avant l’hiver empêchant tes charmants bambins de pouvoir courir dans le jardin pour jouer au ballon ou fuir tes vocalises perçantes.
Puis il a fallu que tout le restaurant passe la commande avec toi, tes choix, tes interrogations, tes indécisions, ton envie de picorer plein de plats différents, de ne pas prendre de plats de nouilles sautées mais plutôt des crevettes au basilic, etc, etc…
20h40. Que ce passe t-il ? Marie, je ne t’entends plus !!! Quelqu’un de bienveillant aurait-il appelé un service de sécurité privé pour t’extraire du restaurant avec un tapage nocturne pour motif ?
Non, non, non. Marie vient d’être servie et quand Marie mange, elle se tait.
Un grand merci à la cuisine d’avoir servi la commande aussi vite.
Il y a cependant, et c’est normal, une petite attente entre chaque plat, ce qui te permettra de te lancer dans la description détaillée des activités de tes enfants. Le week-end c’est bien sûr devoirs d’école, même pour le petit Dylan qui, malgré qu’il soit surdoué, doit faire ses devoirs, empêchant les parents d’accompagner Théo au foot. Cette précision tenterait donc à prouver que, malgré son organe surdimensionné, Marie aurait réussi à trouver chaussure à son pied ou plutôt mégaphone à sa parole. Un homme courageux pour qui, chaque repas serait comme pour moi ce soir, un test d’endurance auditive.
La crevette au basilic trop vite engloutie, et juste avant l’arrivée des Moshi Moshi glacés, c’est le moment que tu as choisi pour nous parler d’un sujet que normalement l’on chuchote : tes petits problèmes médicaux détectés par ton gynécologue, ton super médecin gynnécologue, ton merveilleux médecin gynnnnécologue.
C’est aussi pour moi le moment de prendre la décision de quitter la table et le restaurant. La description détaillée de tes examens intimes ou les résultats de ton frotti aurait comblé de joie ma curiosité, mais je venais de manger copieusement mon plat de nouilles sautées et je tenais à le garder.

Une petite pensée à toutes celles et ceux qui ont vécu la même scène que moi ce soir-là, et particulièrement au petit couple d’amoureux si proche de la table de Marie qui, je pense, aurait bien souhaité échanger autre chose que la vie de Marie.

A toi, Marie, qui mangeait près de moi ce soir-là, si tu te reconnais, sache que moi aussi je te reconnaitrai la prochaine fois que l’on se croisera.
Et tu seras certainement la onzième chose que je ne supporterai plus dans un restaurant.

P.S. : Aux âmes charitables et bienveillantes qui pourraient excuser Marie en pensant que celle-ci est vraiment médicalement sourde, j’ai le regret de vous annoncer que cela n’est pas le cas. Les deux amies qui ont partagé la table de Marie et qui sont rentrées à la maison avec un mal de tête aigu parlaient tout à fait normalement, sans avoir le besoin d’hurler pour se faire comprendre.

moiA toi, Marie, qui mangeait près de moi par : Philippe, raconteur d’histoires gourmandes à Genève Le Dos de la Fourchette.
Si ce genre d’aventure vous est également arrivée. N’hésitez pas à laisser un petit commentaire un peu plus bas.
PS: Il est possible que le prénom soit emprunté à mon imagination…

Philippe Écrit par :

Raconteur d'histoires gourmandes, j'ai créé le blog Le Dos de la Fourchette en septembre 2014. Rédacteur, je partage mes adresses gourmandes, mes rencontres et mes découvertes.

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